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Le bruit de fond

Elsa Delaunay

Un poème audio chaque mercredi 10h. À écouter sans attente, comme on s’assoit, comme on revient à soi.

elsadelaunay.substack.com
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  • 18 episodes
  • weekly
  • Avg 55 sec
  • French
  • Wednesday · 1 min

    Mon cœur a changé d’adresse

    Je croyais que le cœur avait des frontières. Une cage d’os, un corps pour le contenir. Puis tu es née, et tout est devenu plus vaste. Depuis, je marche avec cette sensation étrange : mon cœur a changé d’adresse. Le tien bat sous ta poitrine. Et pourtant, je le sens résonner dans la mienne. Comme deux pierres jetées dans la même eau. Tu fronces les sourcils, et quelque chose se froisse en moi. Tu souris, et c’est une fenêtre qui s’ouvre dans ma poitrine. Tu pleures, et l’univers rétrécit à la taille de tes bras. Il y a des naissances qui ne donnent pas seulement la vie, elles déplacent le centre de celle qui regarde. Je découvre un monde où ta joie fait davantage de bruit que la mienne. This is a public episode. If you would like to discuss this with other subscribers or get access to bonus episodes, visit elsadelaunay.substack.com

  • October 21 · 47 sec

    Le témoin

    Il y a cette baleine en bois, taillée grossièrement, pas très jolie. Je ne sais même plus pourquoi je l’ai gardée. Pas mise en valeur, pas rangée non plus. C’est juste devenu un objet qui me suit. Presque sans que je le décide. Parfois je la vois, et je sens quelque chose, mais je ne saurais pas dire quoi. Quelque chose de l’ordre du lien, du temps, de ce qui tient. Elle n’est jamais loin, reste sans que je sache ce que je retiens. Peut-être parce qu’elle contient un morceau de vie que je n’ai jamais su replier. This is a public episode. If you would like to discuss this with other subscribers or get access to bonus episodes, visit elsadelaunay.substack.com

  • October 14 · 42 sec

    L’appartenance

    Je dis que je viens d’ici mais ce n’est pas tout à fait vrai. Je dis que je viens de là-bas mais là-bas, je ne suis pas vraiment de là-bas non plus. Je m’adapte vite, je prends la couleur du lieu, mais je ne sais plus très bien quelle est la mienne quand je suis seule. J’ai appris à lire les codes, à observer avant d’entrer, à marcher léger, à parler juste ce qu’il faut, à me fondre pour rester. Mais parfois je me demande, si je suis encore quelque part ou juste un ensemble de reflets. This is a public episode. If you would like to discuss this with other subscribers or get access to bonus episodes, visit elsadelaunay.substack.com

  • October 7 · 44 sec

    En chantier

    Je veux bien, mais je veux pas. J’avance, et je freine. Je sais que j’exagère, et je continue. Je me regarde faire, et pourtant je le fais. Je veux changer, mais pas trop vite. Je veux m’apaiser, mais j’ai peur de m’éteindre. C’est comme un débat permanent. Dedans. Sans tranchée, sans arbitre. Juste des voix, qui cohabitent, se coupent, s’annulent. Un bordel organisé. Ou pas. Ça pense, ça juge, ça défend, ça pleure, ça fait des plans et ça sabote tout dans la minute. Et moi au milieu, j’essaie de tenir debout avec ça. l’acceptation. Pas le renoncement, pas la sagesse en robe blanche, juste ce souffle-là : je suis en chantier, et c’est vivant. This is a public episode. If you would like to discuss this with other subscribers or get access to bonus episodes, visit elsadelaunay.substack.com

  • September 30 · 57 sec

    L’hiver intérieur

    Il y a une fatigue qui ne fait pas mal. Elle fait… disparaître. Pas d’un coup, pas brutalement. Non. Elle efface en douceur, elle enlève les couleurs, elle gomme les élans. Elle baisse le son de tout ce qui vit encore en nous. On bouge, mais sans avancer. On pense, mais sans atteindre. On sait quoi faire, mais on reste immobile dedans. C’est une fatigue plate glissante, sans relief où s’accrocher. Elle s’installe comme un hiver à l’intérieur. Elle ne blesse pas. Elle anesthésie. Et un jour, on se surprend à vivre en décalé, à deux mètres de soi, comme si la vie continuait, mais sans nous inviter. Alors on se secoue un peu. On respire un peu. On se rappelle qu’on existe encore. Parce que même anesthésiée, la vie attend qu’on revienne la chercher. This is a public episode. If you would like to discuss this with other subscribers or get access to bonus episodes, visit elsadelaunay.substack.com

  • September 23 · 59 sec

    Traversée silencieuse

    Tu as marché dans mes silences comme si tu les connaissais. Sans bruit, sans demande, sans chercher à les ouvrir. Juste là, avec cette façon de ne pas avoir peur de ce qui ne se dit pas. Dans cette façon d’oser sans attendre. Tu as laissé l’espace de ne pas savoir. Comme si tu savais qu’il y a des terres en nous qu’il faut traverser sans parler. Comme si tu avais reconnu, dans mes retraits, mes silences qui font foi. Tu as marché à l’aveugle, mais tout droit vers moi. Et je t’ai vu rester, dans cette façon de faire demi-tour sans m’abandonner. Je n’ai pas su comment te répondre sans déranger le fil, sans trop poser de contours sur ce qui tenait justement à sa forme libre. Alors, tu as marché dans mes silences, pas pour les remplir, pour les entendre. This is a public episode. If you would like to discuss this with other subscribers or get access to bonus episodes, visit elsadelaunay.substack.com

  • September 16 · 36 sec

    Cœur ouvert

    C’est un battement sans bouclier, un frisson à ciel ouvert. Un cœur qui avance, sans savoir s’il sera cueilli ou cabossé. Ce n’est pas du courage, c’est plus nu que ça. Une manière de dire oui à ce qui vient, même quand ça fait peur, même quand ça fait mal, même quand ça déborde. C’est un cœur qui n’a pas oublié comment on tremble, mais qui s’ouvre quand même. À la vie, aux liens, aux maladresses, aux éclats. C’est une feuille neuve, encore fine, encore souple, encore là. This is a public episode. If you would like to discuss this with other subscribers or get access to bonus episodes, visit elsadelaunay.substack.com

  • September 9 · 1 min

    Les plafonds bas

    Il y a des plafonds que l’on ne voit pas. Ils ne sont pas en béton. Ils tiennent dans une phrase, comme une main qui retient. « Ce n’est pas pour nous. » Une phrase-brique, une phrase-verrou, une phrase qui fait baisser la tête. Les plafonds se construisent à hauteur de regard. On apprend à ne pas lever les yeux trop longtemps, comme on détourne le regard devant une vitrine trop chère. On apprend à mesurer le possible avec une règle empruntée, à reconnaître ce qui est à notre portée. Comme si certains mondes étaient faits pour être regardés de loin. Alors on apprend à rêver à hauteur de plafond. À demander petit, à désirer discret, à plier nos ambitions, à trouver raisonnables des limites qui ne nous appartiennent même pas. Il ne s’agit pas de manquer d’audace, mais de ne jamais savoir qu’une autre vie était imaginable. Comment désirer un paysage que l’on n’a jamais vu ? Comment pousser une porte dont personne ne nous a parlé ? Et puis un jour, on rencontre quelqu’un, ou un livre, ou un voyage. Quelque chose qui déplace le plafond de quelques centimètres. Et l’on comprend que certaines prisons n’avaient pas de barreaux. Seulement des héritages que l’on croyait être des vérités. This is a public episode. If you would like to discuss this with other subscribers or get access to bonus episodes, visit elsadelaunay.substack.com

  • September 2 · 43 sec

    Le manteau de la colère

    Il y a des colères qui portent une blessure comme on porte un manteau. On croit défendre une idée, alors que l’on protège quelque chose en soi. La colère protège une tristesse, qui ne veut pas pleurer. Elle garde l’entrée, pendant que l’ego compte ses fissures. Elle prend la voix de l’injustice pour ne pas dire combien nous avons eu peur de ne pas compter. Notre version de l’histoire emprunte le visage de l’évidence, mais le sujet est ailleurs. La scène est terminée, et pourtant, quelque chose continue de cogner. La colère ne retombe pas, alors que l’autre nous a donné raison, comme si elle refusait de quitter la scène parce qu’elle n’était jamais venue pour cette histoire-là. This is a public episode. If you would like to discuss this with other subscribers or get access to bonus episodes, visit elsadelaunay.substack.com

  • August 26 · 1 min

    L’autre rythme

    Je vais vite. Je pense, je sens, je parle, je réponds. J’enchaîne. Je capte, Je fonce, Je saute les silences, Je sais faire, Je sais vite. J’aime que ça vive, que ça circule, que ça aille loin, fort, maintenant. Je suis mon propre élan. Je suis l’impulsion, la montée, la vague. Je ne veux pas perdre le fil, je ne veux pas louper l’instant. Je veux tout, je veux tout vivre, et maintenant. Et puis… quelque chose se tasse. Je ne sais pas quand, je ne sais pas où, mais je le sens. Un battement plus bas, plus lourd. Pas une fatigue, un appel. Je continue encore un peu, par habitude, mais tout devient un peu plus dense, un peu plus épais. Comme si l’air avait changé, comme si le dedans me regardait, en silence. Et là, j’entends. Il y a un rythme que je n’ai pas choisi, mais qui me connaît mieux que moi. Un rythme qui ne m’attend pas, mais qui m’accueille. Un rythme qui n’a pas besoin que je fasse, juste que je sois. Et là, j’écoute, et tout est là. Il y a un rythme, et il ne demande rien, sauf peut-être qu’on arrête, un instant, de lui courir devant. This is a public episode. If you would like to discuss this with other subscribers or get access to bonus episodes, visit elsadelaunay.substack.com

  • August 19 · 54 sec

    Les au revoir

    Les au revoir ont la taille des jours qui les précèdent. Ils sont comme la marée. Ils se retirent et emportent quelque chose de nous. Laissent sur le sable des morceaux du paysage. On croyait que c’était les grandes choses que l’on garderait. Ce sont les autres. On se souvient d’une glace qui fondait trop vite. D’une baignade qui devait être la dernière et qui ne l’était jamais. Des soirées à refaire le monde jusqu’à ce que la nuit finisse par nous rappeler qu’elle était là. Des mêmes histoires racontées encore, des mêmes places autour de la table, de cette façon qu’avait le bonheur de revenir sans avoir besoin d’être invité. On croit que les au revoir parlent de la fin. Ils parlent surtout de ce qui a existé. Ils mesurent, à leur manière, la profondeur des liens. This is a public episode. If you would like to discuss this with other subscribers or get access to bonus episodes, visit elsadelaunay.substack.com

  • August 12 · 45 sec

    L’ombre portée des élans

    C’est toujours un peu déplacé. Un peu décalé. Un sac de mangues séchées glissé dans le sac Une info inutile, mais qu’on sait que l’autre aimera. Une chanson partagée sans contexte. Un “tiens, j’ai pensé à toi” sans suite. Un pas plus lent, juste pour rester à côté. Ce n’est pas du langage. C’est du code. Une sorte de dialecte mineur, qui ne s’apprend pas, qui se reconnaît. Comme un clin d’œil lancé sans visage. Un fil tendu entre deux rythmes. Et parfois, quand on le touche, ça vibre. C’est là que l’amour loge, quand il ne sait pas se dire, dans l’ombre portée, des élans. This is a public episode. If you would like to discuss this with other subscribers or get access to bonus episodes, visit elsadelaunay.substack.com

  • August 5 · 1 min

    Les petits riens

    Il y a les cafés que l’on boit sans s’asseoir vraiment.Ceux que l’on boit en parlant,ou en se taisant.Les cafés que l’on a même plus besoin d’annoncer. Il y a les fois où l’on entre sans frapper,parce qu’il n’y a plus de seuil.Plus de distance.Juste cette douce habitudede se retrouver là. Il y a les discussions qui commencent n’importe où,et que l’on reprend deux semaines plus tard,comme si rien n’avait glissé entre les lignes. Il y a les silences qui ne gênent pas.Les absences qui ne blessent pas.Les retours qui ne s’excusent pas. Il y a les soirées où l’on refait le monde,et celles où on le laisse tranquille.Les jours où l’on se confie,et ceux où l’on respire à côté. Il y a cette façon de se comprendremême quand on n’est pas d’accord.De se retrouvermême quand on s’éloigne un peu.De se portersans le dire. Il n’y a pas de formule.Pas de promesse.Mais quelque chose qui reste.Quelque chose qu’on habite à deux,sans l’avoir jamais nommé. Et dans ce quelque chose,il y a mille petits riens.Et tous les essentiels. This is a public episode. If you would like to discuss this with other subscribers or get access to bonus episodes, visit elsadelaunay.substack.com

  • July 29 · 50 sec

    La liberté

    Je dis que je veux être libre.Libre de choisir.Libre d’aller où je veux,de dire non,de changer d’avis,de partir si j’étouffe. Je veux du vaste,du mouvement,de l’espace. Mais quand j’ai trop de choix,je me perds.Quand personne ne m’attend,je doute.Quand je suis seule avec moi,je m’agite. Et je me demande :c’est quoi, la liberté ?Est-ce que c’est fuir,ou est-ce que c’est rester ?Est-ce que c’est décider,ou est-ce que c’est accueillir ce qui est là ? J’ai longtemps cru que la liberté,c’était dehors.Une ville, un billet,un autre projet.Mais parfois,la liberté,elle est dans l’instant où je me dis“je peux rester ici”,sans me trahir. Dans l’instant où j’écoute vraimentce qui m’appelle,et pas ce que je crois devoir faire. Peut-être que la liberté,ce n’est pas de partir,mais de ne plus se fuir. This is a public episode. If you would like to discuss this with other subscribers or get access to bonus episodes, visit elsadelaunay.substack.com

  • July 22 · 55 sec

    L'abri

    Tu cherches les contours de toi-même sur les parois du mien. Et parfois, soudain, tu frappes à la vie. D’un pied, peut-être. D’une épaule. D’un élan minuscule et souverain. Alors je m’arrête. Parce que c’est vertigineux, de sentir une vie bouger dans la sienne. Je sens tes gestes sous ma peau. Tes lentes traversées. Tes pressions discrètes. Comme si tu apprenais déjà la géographie de ton corps contre les bords du monde. Je prononce ton nom en silence comme on approche un mystère. Tu es là, et déjà en chemin. Je n’ai pas hâte de l’après. J’aime cet abri de chair et de silence, ce temps suspendu où je peux te porter, te sentir, t’offrir ce lieu sûr où grandir encore. Mon corps te prête ses contours pour que tu trouves les tiens. This is a public episode. If you would like to discuss this with other subscribers or get access to bonus episodes, visit elsadelaunay.substack.com

  • July 15 · 1 min

    La nuance

    Je dis souvent “peut-être”.Peut-être qu’on a mal compris.Peut-être que l’autre fait ce qu’il peut.Peut-être que ce n’est pas juste,mais que ce n’est pas simple non plus. Et parfois je m’épuise,À tout nuancer.À tourner chaque chose dans tous les sens,à essayer de comprendre ce qui serait plus simple à condamner.Je vois les angles,les contextes,les silences. Je voudrais faire de la place à tout le monde.Mais je me perds un peu… parfois. Et puis je pense à mes voyages.À ces endroits où ce que je croyais évidentne voulait plus rien dire.À ces gens qui vivent autrement,pensent autrement,aiment autrement. Où j’ai appris à regarder sans comprendre.À observer sans juger. C’est peut-être là que j’ai appris à douter.Pas par faiblesse.Par honnêteté. Parce que l’on voit toujours depuis quelque part.Et ça change tout. Et je ne sais pas si c’est une force,ou si je me perds là-dedans.Peut-être les deux. Peut-être que le monde est trop dense pour les réponses simples.Peut-être qu’on n’est pas faits pour avoir raison.Peut-être qu’on est juste là pour essayer de voir un peu plus large. Et si ce n’était pas un problème,de pas savoir trancher ?Et si c’était une manière d’être au monde ? This is a public episode. If you would like to discuss this with other subscribers or get access to bonus episodes, visit elsadelaunay.substack.com

  • July 8 · 59 sec

    L'écorce

    On ne sait jamais vraiment ce qu’on laisse derrière en grandissant. Parfois ce n’est qu’une mue, fine comme une peau d’oignon. Parfois c’est un pays entier qui se détache de nous sans que l’on entende le bruit. Il y a des traces que l’on croit petites et qui pèsent comme des pierres. Et d’autres, immenses, qui disparaissent comme des mirages au moment même où on les quitte. Grandir, avancer avec des fantômes familiers, des souvenirs qui parlent à voix basse, des versions de soi qui continuent de marcher dans notre dos. On ne sait jamais si on perd, ou si on se libère. Si on ouvre une porte, ou si on en referme dix. Il y a des choses qui restent accrochées à la peau sans dire leur nom. Des gestes que l’on croit oubliés et qui nous retrouvent dans le noir. Des élans que l’on croyait morts et qui respirent encore, quelque part sous les os. This is a public episode. If you would like to discuss this with other subscribers or get access to bonus episodes, visit elsadelaunay.substack.com

  • June 30 · 26 sec

    La pudeur

    Et si c’était là, dans l’espace infime entre deux gestes retenus, que tout s’était joué ? Un mot que l’on a pas osé, un souffle que l’on a contenu, une main qui n’a pas bougé. Et si l’on passait parfois à quelques millimètres d’un cœur sans jamais savoir qu’il battait pour nous ? La pudeur a ce talent cruel de faire croire à l’indifférence quand elle protège l’intensité. This is a public episode. If you would like to discuss this with other subscribers or get access to bonus episodes, visit elsadelaunay.substack.com

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