Skip to content
Artwork for Bookmakers : le making-of de la littérature
Bookmakers : le making-of de la littérature · Yesterday · 59 min

Paul B. Preciado : l’opération du langage (3/3)

En mutation constante, dans le journal comme au cinéma Depuis 2013, toutes les deux ou trois semaines, Paul B. Preciado tient chronique dans Libération. Le philosophe y saborde l’usage d’un mot-valise bourré de haine (« féminazie »), suggère de déboulonner chaque statue de notre passé colonial, évoque avec tendresse sa mère âgée, déclare « la grève des utérus » ou son amour « pour le mouvement délicat d’une chenille sur l’écorce d’un arbre ». Il y raccourcit ses phrases et élargit son lectorat, qui ne se cantonne plus aux universitaires et aux camarades des luttes LGBTQIA+. En 2019, un recueil de ces textes, qui portent la mémoire de l’oppression sexiste, homophobe ou transphobe, écrits dans des hôtels ou des aéroports, rassemblés sous le titre Un appartement sur Uranus (Grasset), s’orne d’une préface de Virginie Despentes. L’autrice de King-Kong Théorie prévient : « L’idée n’est pas de vous laisser indemne, mais vous verrez, c’est sans violence. » La même année, Preciado provoque une polémique internationale lors d’un colloque de psychanalystes freudiens, en passant par Kafka. Le titre du livre qui en découle, Je suis un monstre qui vous parle, vendu à seize mille exemplaires, confirme sa propension à chanter « les mutations constantes », comme en témoigne encore Mon nom est Body, sa longue postface au témoignage anonyme d’une existence trans paru en 1907 en Allemagne sous le titre Mémoires des années de jeune fille d’un homme (Seuil, 2026). Mais où en est sa relecture du mythe d’Œdipe, Œdipe trans ? A-t-il quitté les éditions Grasset ? Comment est-il passé à la réalisation pour adapter si brillamment le roman Orlando de Virginia Woolf, quatre fois récompensé à Berlin en 2023 ? Comme le démontre ce troisième et dernier épisode, gloire au mélange des genres, surtout quand ça dérange. L’auteur du mois : Paul B. Preciado Né en 1970 à Burgos (Espagne), Paul B. Preciado est philosophe, écrivain, commissaire d’exposition et réalisateur. Depuis la sortie de son Manifeste contre-sexuel (Balland, 2000, réédité Au Diable Vauvert), ce sniper cérébral ne cesse de tirer sur les normes violentes du capitalisme hétéro-patriarcal. Titulaire d’un doctorat à l’université de Princeton (New Jersey), le précis et précieux Preciado troue les préjugés et déride notre époque, notamment au sujet de la transidentité, via une demi-douzaine de livres hybrides (dont Un appartement sur Uranus, chez Grasset en 2019, vendu à 25 000 exemplaires), un fabuleux documentaire (Orlando, ma biographie politique) ou ses articles pour Libération. Il vit et travaille à Paris, au rythme des ronflements de son chien Rilke. Enregistrements juin 2026 Entretien, découpage Richard Gaitet Prise de son Mathilde Guermonprez Montage Mathilde Guermonprez, Esteban Capron Réalisation, mixage Charlie Marcelet Lectures Elios Levy Musiques originales Samuel Hirsch Chant, clavier, pads Cha Illustration Sylvain Cabot Remerciements Andréa Cloutrier

0:00-59:07

transcript

No transcript — this publisher did not publish one.

show notes

En mutation constante, dans le journal comme au cinéma

Depuis 2013, toutes les deux ou trois semaines, Paul B. Preciado tient chronique dans Libération. Le philosophe y saborde l’usage d’un mot-valise bourré de haine (« féminazie »), suggère de déboulonner chaque statue de notre passé colonial, évoque avec tendresse sa mère âgée, déclare « la grève des utérus » ou son amour « pour le mouvement délicat d’une chenille sur l’écorce d’un arbre ». Il y raccourcit ses phrases et élargit son lectorat, qui ne se cantonne plus aux universitaires et aux camarades des luttes LGBTQIA+.
En 2019, un recueil de ces textes, qui portent la mémoire de l’oppression sexiste, homophobe ou transphobe, écrits dans des hôtels ou des aéroports, rassemblés sous le titre Un appartement sur Uranus (Grasset), s’orne d’une préface de Virginie Despentes. L’autrice de King-Kong Théorie prévient : « L’idée n’est pas de vous laisser indemne, mais vous verrez, c’est sans violence. » La même année, Preciado provoque une polémique internationale lors d’un colloque de psychanalystes freudiens, en passant par Kafka. Le titre du livre qui en découle, Je suis un monstre qui vous parle, vendu à seize mille exemplaires, confirme sa propension à chanter « les mutations constantes », comme en témoigne encore Mon nom est Body, sa longue postface au témoignage anonyme d’une existence trans paru en 1907 en Allemagne sous le titre Mémoires des années de jeune fille d’un homme (Seuil, 2026).

Mais où en est sa relecture du mythe d’Œdipe, Œdipe trans ? A-t-il quitté les éditions Grasset ? Comment est-il passé à la réalisation pour adapter si brillamment le roman Orlando de Virginia Woolf, quatre fois récompensé à Berlin en 2023 ? Comme le démontre ce troisième et dernier épisode, gloire au mélange des genres, surtout quand ça dérange.

L’auteur du mois : Paul B. Preciado

Né en 1970 à Burgos (Espagne), Paul B. Preciado est philosophe, écrivain, commissaire d’exposition et réalisateur. Depuis la sortie de son Manifeste contre-sexuel (Balland, 2000, réédité Au Diable Vauvert), ce sniper cérébral ne cesse de tirer sur les normes violentes du capitalisme hétéro-patriarcal. Titulaire d’un doctorat à l’université de Princeton (New Jersey), le précis et précieux Preciado troue les préjugés et déride notre époque, notamment au sujet de la transidentité, via une demi-douzaine de livres hybrides (dont Un appartement sur Uranus, chez Grasset en 2019, vendu à 25 000 exemplaires), un fabuleux documentaire (Orlando, ma biographie politique) ou ses articles pour Libération. Il vit et travaille à Paris, au rythme des ronflements de son chien Rilke.

Enregistrements 
juin 2026

Entretien, découpage
Richard Gaitet

Prise de son
Mathilde Guermonprez

Montage
Mathilde Guermonprez, Esteban Capron

Réalisation, mixage
Charlie Marcelet

Lectures
Elios Levy

Musiques originales
Samuel Hirsch

Chant, clavier, pads
Cha

Illustration
Sylvain Cabot

Remerciements
Andréa Cloutrier