
Aleth Mandula, biographe des vies qu'on croit ordinaires
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show notes
Toute vie est extraordinaire, par le fait même que chaque personne porte un regard singulier sur l’existence
Enfant, Aleth Mandula passait des journées entières dans le grenier de sa maison de campagne, à se raconter des histoires à l’aide d’une armoire pleine de déguisements. Un matin, le rituel a cessé d'opérer : à la place du monde imaginaire, il n'y avait plus que des vêtements en lambeaux et de la poussière. Ce petit deuil l'a précipitée vers la lecture, puis vers les histoires des autres, qui ne l'ont plus jamais quittée.
Longtemps, elle s'est pourtant interdit d'écrire par souci de perfectionnisme, écrasée par les grands écrivains qu’elle admirait. Après Sciences Po Paris et des études de littérature et d’histoire de l'art à la Sorbonne, elle a levé des fonds dans le secteur culturel, de New York à Marseille, jusqu'au jour où, à trente ans, un faisceau d'événements (le confinement, une rupture, le sentiment d'être déphasée) l'a réveillée. Elle a tout quitté et s’est offert une année pour vivre tout ce qu'elle remettait à plus tard : reprendre le piano, écrire, habiter à Venise, se confiner dans un cabanon au bord d'un fjord norvégien… De cette année est né un premier roman, écrit en trois ans, jamais publié, et pourtant décisif.
Puis il a fallu rentrer. C'est en se demandant comment les écrivains gagnaient leur vie qu'elle tombe sur le parcours de d'Anne Berest. Elle apprend que celle-ci a débuté comme biographe. Cela lui parle, remue quelque chose en elle. Biographe, et pourquoi pas ?
Elle fera de sa grand-mère de quatre-vingt-treize ans son premier sujet. Dix-sept heures d'entretiens plus tard, des heures passées à trier les vieux albums de famille, le premier livre des éditions chronologie nait. Les éditions chronologie, une maison d'édition privée où le récit compte autant que la beauté de l'objet.
Dans cet épisode de Vive la vie, Aleth raconte comment elle est devenue ce canal par lequel des vies entières échappent à l'oubli, jusqu'à ce soir de mars 2026 où, sur un pont à New York, alors que le soleil se couche, elle s'est entendue penser : mon Dieu, vive la vie.
Ce qu'on aborde
- L'enfance passée dans un grenier, à s'inventer des mondes, jusqu'au jour où l’imaginaire n’a plus fonctionné comme avant
- Les trente années qu'il lui aura fallu pour s'autoriser à écrire, et l'orgueil tapi derrière le perfectionnisme
- Le déclic : le confinement, une rupture, et la décision de vivre enfin ce qu'elle remettait à plus tard
- L'année de tous les rêves : Venise, le piano retrouvé, deux mois seule dans un fjord en Norvège
- Le premier roman, écrit en trois ans et resté dans un tiroir, et l’apprentissage du temps si particulier de l’écriture
- La découverte du métier de biographe, et sa grand-mère devenue son tout premier cobaye
- La naissance des éditions chronologie où l’attention portée au livre est toute aussi exigente que la vie qu’il contient
- Pourquoi toute vie est extraordinaire, et l'art de poser les questions qui font remonter les souvenirs
- New York, le pont de Brooklyn au crépuscule, et les archives qui redonnent un visage aux disparus
Chapitres de l'épisode :
00:00 Introduction
02:45 L'enfance au grenier : l'imaginaire qui s'éteint
07:30 S'autoriser à écrire : le long apprentissage de l’humilité
14:00 Le déclic : le confinement, la rupture et l'année de tous les rêves
23:00 Le premier roman : entrer dans le temps de l'écriture
30:00 Devenir biographe : Anne Berest et la grand-mère cobaye
37:30 Apprendre sur le tas : l’Arlésienne et le cap à tenir
43:30 Chaque vie est extraordinaire : l’art de l’entretien
50:00 Vivre dans l'incertitude : se définir pour exister
56:30 New York et les archives : redonner un visage aux disparus
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